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Poser des questions, un jeu d’enfant…

Porter un regard neuf sur le monde qui nous entoure est le point de départ de toute démarche d’innovation. Or ce point de départ est souvent une première étape difficile à franchir tant nous sommes habitués à notre environnement quotidien. Et pourtant, n’importe quel enfant de six ans le fait avec aisance… Pouvons-nous apprendre des enfants comment être curieux ?

Poser des questions comme les enfants

Picasso disait : « J’ai mis six ans à apprendre à dessiner, et soixante ans à réapprendre… » Nous aussi, nous avons acquis durant l’enfance des compétences précieuses, notamment dans le domaine de la curiosité, que nous avons ensuite perdues à l’âge adulte. L’une d’entre elles, et non des moindres, est notre capacité à poser des questions de curiosité.

Les enfants passent en effet le plus clair de leur temps à s’interroger (et à nous interroger…) sur le monde qui les entoure. Et ils le font sans aucun préjugé, puisqu’ils ne connaissent encore aucune réponse !

Difficile pour nous d’en faire autant, car nous ne découvrons pas le monde. Au mieux, nous le redécouvrons. Poser des questions est pourtant l’une des sources d’inspiration les plus simples et les plus accessibles. Et en observant attentivement la façon dont les enfants s’y prennent, nous pouvons nous débarrasser d’une grande partie de nos préjugés afin de porter un regard plus ouvert sur notre environnement… et d’obtenir des réponses plus intéressantes.

Des questions ouvertes, factuelles et bienveillantes

Les questions des enfants ont trois qualités : elles sont ouvertes, factuelles et bienveillantes.

Les questions ouvertes sont celles qui ne contiennent pas leur propre réponse, par opposition aux questions fermées. Par exemple « Devrions-nous prendre le taxi pour aller à Roissy ? » n’est pas une question ouverte. La réponse est à l’intérieur et ce que nous souhaitons dire, c’est qu’il faut prendre le taxi pour aller à Roissy. Il s’agit plus de valider une hypothèse que de véritablement poser une question ! Inversement, « Comment pouvons-nous aller à Roissy ? » est une question ouverte. Il est d’ailleurs impossible d’y répondre par « oui » ou par « non », ce qui est toujours bon signe… Et qui sait si vous n’allez pas monter dans une moto avec chauffeur pour la première fois de votre vie afin de vous rendre à l’aéroport ?

La seconde caractéristique des questions d’enfants est qu’elles sont factuelles. A vrai dire, les enfants en bas âge maîtrisent mal la différence entre un fait et une opinion. Ils nous font confiance, croient au Père Noël et prennent très au sérieux nos hypothèses sur l’origine de l’univers ! Leur curiosité est orientée vers la compréhension de ce qui existe, et nous pouvons nous en inspirer pour éviter les questions d’opinion comme « Que pensez-vous que nos clients attendent de nous ? »… Ce qui revient à confier à quelqu’un d’autre le soin d’avoir des idées à notre place. Demandons plutôt « Que nous apprennent les études que nous avons mené sur nos clients ? » et ne soyons pas déçus s’il n’y en a pas : c’est déjà une grande avancée de réaliser que la réflexion reposait jusque là sur de simples suppositions !

Les questions d’enfants sont enfin bienveillantes. Avant de maîtriser un jour la rhétorique de l’interrogation blessante, telle que « Tu es complètement idiot ou quoi ? », les jeunes enfants préfèrent s’entendre avec les parents et les amis qui acceptent de répondre à leurs questions. Alors ils demandent plutôt « Pour quelles raisons faites-vous cela ? » sans juger ni préjuger des explications de leur interlocuteur.

A vous de jouer…

Vous l’aurez compris, les enfants préfèrent avoir l’air idiot pendant quelques secondes en posant une question ouverte, factuelle et bienveillante, que de le rester toute leur vie… Alors à votre tour de mettre votre curiosité d’enfant au service de votre intelligence d’adulte en respectant trois règles simples…

  1. FlorenceFlorence12-04-2010

    Poser des questions de curiosité, c’est faire acte d’humilité : comment prétendre tout connaître sur un sujet ? Et quel plaisir de découvrir que l’on peut toujours être surpris par les réponses et qu’en étant curieux, on ne cesse d’apprendre de nouvelles choses ! Pourquoi s’en priver ?

  2. GhislaineGhislaine12-05-2010

    Dans mon métier (la communication), poser des questions peut être à double tranchant : gage pour moi d’avoir bien compris une problématique, de répondre de la bonne façon à mes clients, elles supposent aussi que ces derniers connaissent les réponses… Ou reconnaissent le contraire !

    Lorsque j’étais plus junior, donc a priori plus légitime à poser des questions, je n’osais pas de peur que cela montre mon inexpérience. Aujourd’hui, je crois que poser des questions est une preuve de professionnalisme : même en connaissant mon sujet, je n’en sais jamais autant que mes clients ou alors sur un plan souvent bien différent… Et rarement en lien avec leurs enjeux.

    En créativité, comme en communication, vive les questions d’enfants !

    • Brice ChallamelBrice Challamel12-05-2010

      Ton commentaire me rappelle une expériences douloureuse, lorsque j’étais moi-même jeune Chef de Groupe Marketing au sein de l’Oréal, et que j’ai répondu à une journaliste pour la première fois… Toutes ses questions étaient fermées. Elle cherchait à me faire dire des choses qui n’avaient rien à voir avec mon propre « brief » du département communication… Lequel n’avait lui-même rien à apporter comme réponse aux questions imprévisibles qui m’étaient posées. Un terrible dialogue de sourds !

      Exemple : « Votre campagne de lancement n’est-elle pas adressée exclusivement aux adolescentes ? Avez-vous le sentiment de mettre à l’écart les femmes de plus de 18 ans lorsque vous filmez des mannequins aussi jeunes ? » Hum… Voyons… Moi, dans mon dossier de média training, ça dit que je dois faire passer le message sur le renouveau des senteurs florales. Là je sens qu’on ne va pas y arriver…

      Si seulement j’avais su, à l’époque, que les questions fermées ne sont pas des questions mais des affirmations (« vous faites du jeunisme, et d’ailleurs je vous trouve bien jeune pour être Chef de Groupe ! J’ai passé l’âge de 18 ans depuis longtemps et votre produit me fait sentir vieille. En fait je vous déteste… »), j’aurai évité la langue de bois et on serait reparti à zéro !

      Mais sans doute faut-il être deux pour ouvrir le champ des possibles : un qui sache poser des questions ouvertes, et un qui accepte d’y réfléchir sans recycler une réponse toute faite. Si simple et si rare pourtant…

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