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Baromètre Act One – HEC 2013 des Directeurs de l’Innovation

Image Une Barometre 20131

Suite à sa parution hier dans les Echos, nous publions aujourd’hui sur notre site les résultats de la deuxième édition du baromètre Act One – HEC sur les Directeurs de l’Innovation.

Face à une crise qui dure et à un environnement extrêmement concurrentiel, les entreprises se mettent en ordre de bataille sur le terrain de l’innovation, qu’elles considèrent aujourd’hui comme leur principal levier de croissance et de pérennité.

Parmi les principaux enseignements :

  • La fonction innovation devient clé et rejoint les Comités de Direction.
  • Elle se recentre sur la stratégie avec une forte progression des budgets et des effectifs.
  • Elle a dépassé le cap des effets d’annonce pour s’inscrire dans la durée.

La fonction innovation rejoint les Comités de Direction

Symbole de l’importance de cette fonction pour les entreprises, les responsables innovation montent en puissance : ils sont désormais 19% à faire partie des comités de direction, alors qu’ils n’étaient que 10% en 2010. A noter également : 56% des responsables innovation ont des contacts fréquents et réguliers avec leur PDG alors qu’ils n’étaient que 41% en 2010. L’accès à la Direction leur permet de mobiliser de façon rapide et transverse les ressources de l’ensemble de l’entreprise, ce qui était plus difficile lorsqu’ils étaient rattachés à une direction marketing ou scientifique.

Autre témoin du changement culturel qui s’opère au sein des entreprises, les responsables innovation sont 70% à intégrer la stratégie dans leur périmètre, contre 56% en 2010. Le marketing venait alors en première position à 92% mais n’est plus qu’à 68% en 2013 car il n’est pas toujours intégré aux postes nouvellement créés.

Ce changement ne concerne pas que le périmètre d’activité mais aussi la mission des responsables interrogés. Centrés jusqu’à présent sur la gestion de projet (mission prioritaire avec 79% des répondants en 2010), les directeurs innovation changent de mission prioritaire et s’occupent aujourd’hui à 78% de veille et de prospective.

En hausse, le budget innovation va encore croître en 2014

Les entreprises investissent de plus en plus sur l’innovation. Par rapport à 2012, le budget moyen des Responsables de l’Innovation enregistre une hausse de +50,6% en 2013 et leurs effectifs augmentent de +12,2%. Cette progression s’explique notamment par de nombreuses créations de postes (1/3 des répondants) et marque un véritable changement de dimension.

En effet, la compétitivité et la différenciation sont devenus les principaux objectifs pour 84% des responsables interrogés, succédant à la création de nouveaux produits et services, qui figurait en tête en 2010 et reste néanmoins à un niveau élevé (79%). Les autres objectifs en forte hausse de l’innovation sont la performance (de 56% à 71%) ainsi que la motivation des collaborateurs (de 44% à 62%).

2014 devrait confirmer cette tendance avec une augmentation prévue de +10% en moyenne pour le budget et +14% pour l’effectif à périmètre constant.

L’innovation s’installe durablement dans les entreprises

Après une phase initiale de prise de position, marquée par l’importance des séminaires internes (62% en 2010 contre 46% en 2013) et des relations publiques (59% contre 46%), « s’engager sur le long terme » arrive en tête des enjeux d’avenir de l’innovation en entreprise avec 98,3% des responsables interrogées.

L’innovation s’affirme donc comme une démarche identitaire et pérenne. Elle est ainsi devenue un moyen d’attirer des talents sur les campus étudiants (52% en 2013 contre 21% en 2010) ou de nouer des partenariats en se rendant sur des salons professionnels (48% contre 23%).

L’innovation s’inscrit donc dans le paysage de l’entreprise avec des appels à idées plus fréquents (66% contre 56%), la mission en plus forte progression étant la formation des collaborateurs (51% en 2013 contre 26% en 2010).

Questions à Brice Challamel, Président d’Act One

En 2010, vous avez publié, en partenariat avec HEC, une première étude sur la fonction innovation au sein des entreprises. Quelles évolutions majeures retenez-vous de cette nouvelle édition ?

« Dès le départ, nous souhaitions comprendre en partenariat avec HEC, où j’enseigne le management de l’innovation, qui étaient les responsables de l’innovation dans les entreprises et comment leur mission évoluait. Premier constat : la population s’agrandit. Le panel des personnes interrogées, auxquelles nous avons posé les mêmes questions afin de mesurer l’évolution de la fonction, a plus que doublé en trois ans pour atteindre 63 entreprises et un tiers des répondants sont en création de postes. Plus globalement, il ressort de cette étude que la fonction innovation monte en puissance dans l’entreprise, aussi bien en termes de position hiérarchique que de ressources avec un budget en hausse de 50% en moyenne. »

Au-delà des responsables interrogés, quelle est l’évolution pour les collaborateurs de l’entreprise ?

« Non seulement les collaborateurs sont mieux formés, mais ils sont aussi sollicités à travers des appels à idées. Celles-ci sont d’ailleurs de moins en moins rémunérées, à l’exception des œuvres d’art et des brevets, car elles font désormais partie intégrante de leur travail. C’est un signe de maturité important et une caractéristique commune de tous les leaders mondiaux en matière d’innovation. »

Quelles sont les nouvelles attentes des entreprises en matière d’innovation ?

« Dans un contexte extrêmement compétitif, les entreprises ont besoin d’avoir un temps d’avance. Elles ne peuvent plus compter sur la chance ou le talent pour cela mais doivent se doter d’organisations et de méthodes. Or ma double expérience chez l’Oréal et au Boston Consulting Group m’a appris une chose : si les idées sont le moteur de la croissance, il faut surtout créer les conditions pour qu’elles émergent. Les équipes auxquelles on impose le changement abandonnent au premier obstacle, tandis que celles qui les ont suggérés surmontent toutes les difficultés. C’est ce qu’attendent désormais les entreprises et qui fait aussi bien la réussite des nouvelles agences de La Poste que le succès des découvertes pétrolières de Total en Guyane et en Libye. »

L’engouement pour l’innovation bat son plein depuis quelques années, est-ce un effet de mode ?

« L’étude montre clairement que l’innovation n’est pas un effet de mode mais un enjeu d’avenir. Or il s’agit d’un cercle vertueux, car cet engagement devient aussi un moyen d’attirer les talents. De plus en plus de postes de responsables innovation se créeront dans les années à venir et ils seront demain aussi naturels dans les Comités de Direction que les DRH ou les Directeurs Financiers. »

Quels défis auront enfin à affronter les nouveaux ou futurs responsables de l’innovation ?

« Pour éviter que l’entreprise ne se fossilise, il est crucial d’avoir au plus haut niveau des « intrapreneurs » qui fassent preuve d’audace malgré toutes les difficultés et les pesanteurs. L’enjeu de l’innovation n’est en effet pas tant de réussir le prochain lancement que de comprendre le prochain grand tournant dans son secteur. Une leçon apprise d’Apple face à Nokia, de Canon face à Kodak ou encore de Wikipédia face à Encarta. Les perdants de ces trois matchs ont en commun d’avoir innové frénétiquement mais à mauvais escient, en s’obstinant sur leurs produits au lieu de repenser leur mission. C’est-à-dire en améliorant jusqu’à la perfection une idée qu’il fallait abandonner pour passer à la suivante. Le défi des responsables innovation est de faire en sorte que leur entreprise soit du bon côté du prochain match. »

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